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Des fossiles autour des origines

Toumai, Orrorin et Lucy : des fossiles autour des origines

D'après la conférence de Pascal Pick, paléo-anthropologue et professeur au Collège de France du Jeudi 5 février.
A l'origine étudiant en physique et en physique théorique, Pick a effectue un DEA de paléo-anthropologie puis un post-doc en Caroline du Nord.

Le thème de l'exposé est "les origines" et non l'évolution de l'Homme, c'est a dire qu'on va s'attacher a rechercher le dernier ancêtre commun entre le chimpanzé et nous.
Orrorin est le nom donne a un squelette découvert au Kenya et date de 6 millions d'années. Il possède des caractères anatomiques typiques de la vie arboricole : phalanges incurvées, articulation du coude moins ouverte que la notre. Il est également dote d'une dentition primitive, mais son fémur est grand et robuste comme le notre, bien qu'Orrorin soit plus vieux que Lucy (3 millions d'années) dont le fémur est plus primitif.

Dans le fameux film documentaire diffuse l'an passe "L'Odysée de l'espèce", on représente Orrorin vivant dans les arbres. Progressivement, la savane avance, grignotant de l'espace sur la foret si bien qu'Orrorin se retrouve en lisière de foret, faisant face a la savane, et tournant le dos aux arbres : "Cet Homme a l'avenir devant lui, si il se retourne, il l'a derrière lui." Tout cela est la manière courante qu'on a de décrire l'évolution humaine, manière chargée de vitalisme et de poussée évolutive.
Le conférencier est clairement oppose a cet idée.

En 1980, Yves Coppens publie une synthèse sur les origines en accord avec les fossiles connus a l'époque. Tous les plus anciens fossiles sont alors situes en Afrique de l'est. Du fait de l'ouverture du Rift, la datation est facilitée dans cette région est moins soumise aux incertitudes dues au techniques de datation : la région peut se comparer à un livre chapitré de telle façon que les datations puisse se faire à 20 000 ans près.
A l'époque, les fossiles de la lignée humaines étaient tous situés à l'est du rift, et les singes à l'ouest. De ce fait est né la théorie désormais fameuse de "l'East Side Story", où la séparation des populations de chimpanzés par le rift est suivie par des changements climatiques qui favorisent des évolutions différentes de part et d'autre du rift. Cette théorie se voit confirmée par les fossiles découverts dans les années qui suivirent.

En 1995, Abel découvre Australopithecus bahrelghazali au Tchad, le fossile est estimé à 3,2 millions d'années. En 2001, Ahounta Djimdoumaldaye (Université de Poitiers) découvre Toumai (un crâne en fait). Ce crâne à face courte et peu proéminente (donc moderne) provenant également du Tchad est estimé à 4,7 millions d'années. Les canines sont petites (comme chez l'Homme) et s'usent par la pointe, alors qu'elles s'usent par la face postérieure chez les singes.
La position avancée du trou occipital est indice de bipédie, même si la boîte crânienne reste archaïque.

La bipédie d'Orrorin, la dentition et la morphologie du crâne de Toumai convergent vers la remise en question de la théorie selon laquelle la lignée humaine serait apparue après l'ancêtre commun avec le chimpanzé, en évoluant vers l'australopithèque puis l'Homme.
Aujourd'hui, on répertorie en effet 17 ou 18 espèces potentiellement ancêtres de la lignée humaine par le fait qu'elles possèdent des caractères communs aux Hommes (dits "évolués") et aux chimpanzés (dits "archaïques"). L'âge du dernier ancêtre commun n'a cessé d'être repoussé au fur et à mesure de la découverte de nouveaux fossiles. Il semble donc aujourd'hui indispensable d'étudier la lignée des chimpanzés.

La science a pour but de proposer des paradigmes, pas des vérités. Les modèles sont établis en fonction des connaissances du moment et sont donc représentatifs des données disponibles tout en ayant une valeur heuristique dans le sens où les progrès effectués peuvent permettre soit d'infirmer, soit de réfuter le modèle dominant.

Par exemple, le paradigme du chaînon manquant a disparu au profit de celui de l'ancêtre commun en répercussion à un changement des méthodes de classement. Auparavant, la classification des espèces se faisait suivant le "grade d'évolution". La représentation était imposée, ainsi que le classement qui se fait en fonction de cette représentation. Dans cette logique, les pongidés dont fait partie le gorille est l'espèce la plus proche des hominidés (l'Homme). Mais dans les années soixante est apparue la phylogénie. On classe les espèces en fonction de leur proximité génétique. L'Homme est plus proche du chimpanzé que de la banane car il partage 99% de ses gènes avec le premier et 40% avec la seconde.

Pendant un siècle (entre 1860 et 1959), la recherche de fossile s'est faite en ignorant l'Afrique. En 1959, on découvre un australopithèque à outil daté de 1 750 000 ans. En 1974, on sait que le chimpanzé est capable de se mettre debout, chose qu'il ne fait pas spontanément en captivité, que le bonobo effectue 30% de ses déplacements debout, et que le gorille en a également la capacité. Après 16 millions d'années de suspension dans les arbres, le chimpanzé grimpant à un tronc et l'agent EDF à un poteau électrique sont identiques du point de vue du fonctionnement musculaire.

La théorie de Lammarck qui suggère que l'ancêtre de la lignée humaine aurait développé la bipédie afin de regarder au-dessus des hautes herbes pour mieux voir les proies semble très discutable : d'abord, les lions ne meurent pas de faim et ne se mettent pourtant pas debout pour guetter les proies, debout on ne voit rien dans la brousse. Une aptitude est un caractère existant mais non sélectionné. L'environnement en lui-même ne crée rien, il ne fait que sélectionner. C'est à dire que l'aptitude à la bipédie était certainement présent avant les changements climatiques. La loi de survie du plus apte est fausse car l'aptitude évolue dans le temps. L'organisme est complexe et fait de combinaison, les caractères sont liés. Il s'agit donc de distinguer les facteurs internes qui proposent (gènes, ...) des facteurs externes qui sélectionnent (chance, ...).

En 1871, Darwin révèle qu'il observe des chimpanzé qui utilisent des outils en pierre et des bâtons afin de briser des noix. C'est le début de la prise de conscience de l'existence d'une culture faite de gestes chez les chimpanzés. Par exemple, ces derniers disposent de différents types de comportements pour saluer, manger, s'épouiller. L'espèce n'est pas cannibale et la chasse se fait en groupe. A son issue, la bête capturée est partagée avec les individus qui ont participé à la chasse uniquement.
Dans la quasi-totalité des espèces, ce sont les mâles qui migrent, les femelles restent sur un territoire localisé. Chez l'Homme et le chimpanzé, les mâles ne migrent pas, d'où les guerres territoriales.
On constate même des actions qu'on pourrait qualifier de politiques. On noue des alliances pour dominer. Les chimpanzés sont capable de sympathie, de rire, de violence. Ils sont capables de langage : on a pu apprendre à communiquer par une centaine de mots à un chimpanzé qui disposait ainsi du niveau d'un enfant de deux ans. La progression était par ailleurs bien plus rapide, mais elle s'arrête à ce stade. Ils résistent enfin au sida.

C'est en poursuivant l'étude des singes qu'on pourra cerner le dernier ancêtre commun aux pongidés et aux hominidés. Malheureusement, ces derniers sont actuellement fortement menacé par notre espèce (changements climatiques, déforestation). La biodiversité autour de l'Homme est très faible puisqu'il reste cinq espèces : l'Orang-Outan, le chimpanzé, l'homme africain, le bonobo et le gorille. C'est le fait de la glaciation de la fin de l'ère tertiaire, et des sécheresses en Afrique qui ont des effets important sur les forêts. De cette faiblesse, il résulte qu'on a peu de caractères offerts à l'évaluation ce qui rend difficile l'évaluation de leur polarité. Nous perdons là la chance d'en apprendre davantage sur nos origines.

Autres notes prises en vrac pendant les questions

  • Un environnement stable favorise les singes en équilibre avec le milieu (grands singes). Un environnement instable, à l'inverse, avantagera les singes à démographie plus dynamique (singes aqueux).
  • De nouvelles caractéristiques apparaissent par la combinaison de caractères. Le caractère apparaît donc avant la sélection.
  • Principe de parcimonie : face à plusieurs explications, on choisit la plus simple.
  • Caractères commun à toutes les cultures : la raison (Levi-Strauss). Les interprétations divergent.

Autres versions

13/03/2004 @ 00h20

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