la FR connexion |
Karoll/fr
La KBioch'/ww
Mel D/us
Odélie/fr
Stef/ar
Yann/jp
Les JPs/fr
JP Kadi/bk
Jean 'Guffle' Hausser

Persistante Utopie

Quelques notes prises d'après la conférence de Miguel Abensour, le 12 janvier 2004. Certaines références culturelles ou philosophiques me faisant défaut, une partie conséquente de son exposé m'a échappée d'où la désorganisation de ces notes.


L'utopie sert aujourd'hui comme justification aux politiques de gestion résignées, mais elle est également très présente au sein même des discours revendicateurs contemporains.

u | topie : en grec, "u" a un double sens, celui du bien, de l'eutopie qui évoque ainsi l'idée de perfection, mais aussi de négation. Etymologiquement, le terme d'utopie désigne ainsi paradoxalement à la fois le lieu de la perfection et le non-lieu, le nul-part.

Le concept d'éternelle utopie renvoie à la même société pathologique de Platon et Thomas More. La persistance utopie est elle une impulsion vers plus de justice, de liberté. C'est un "pacte secret inter-générationel" (William Morris) qui tend à une émancipation et un éveil des peuples.

On peut voir deux foyers à l'utopie. On a le foyer ontologique, où l'utopie serait part de la conception même de l'être et défendu par Ernst Bloch (voir aussi "L'Esprit utopie" et "Le Principe espérance"). Et de l'autre côté, on a le foyer humain où l'essence de l'utopie se trouve dans la rencontre entre les êtres et défendu par Emmanuel Levinas.

Le foyer ontologique

Lorsqu'on est confronte à un problème, on tente généralement de le supprimer par remplacement. L'utopie serait la recherche de l'élément remplaçant et l'archétype de la résistance de l'Humain par-delà les siècles et de son aspiration à réduire les inégalités au minimum nécessaire. Pour Bloch, l'être est processus et inachèvement à la fois. Du "pas" (nicht) de l'inachèvement résulte la mise en mouvement provoqué par notre horreur du vide, du "rien" résulte l'anéantissement. D'où il suit que l'utopie comme "rêve éveillé" serait détruite une fois l'être accompli.

Le foyer humain

Dans ce système, la question de l'utopie de l'humain n'est pas du ressort de l'ontologie mais de la socialité. D'une pensée ne résulte pas nécessairement un savoir, la rencontre est une proximité et non une expérience. L'utopie est la découverte du non-lieu, l'évasion de l'être hors de l'être. Au coeur de la réponse à la mortalité d'autrui se trouve l'utopie. L'Homme est un animal utopique. C'est une banalité que d'affirmer qu'il existe un rapport entre une utopie et la position de son créateur par rapport à l'existant, mais de ceci et du fait de sa définition négative par rapport à l'existant découle le caractère irréalisable de l'utopie.

L'utopie propose la reconstruction de petites communautés pour créer une société sans état (Martin Buber). Son caractère transformiste lui est donné par sa capacité à investir des sphères inaccessibles à d'autres moyens. Par exemple, le marxisme est une projection de l'utopie dans la dialectique du travail.

A côté du socialisme utopique "révolutionnaire" de penseurs comme Marx qui aspire à transformer une société de dominants/dominé en société d'associants/associés, on trouve un nouvel esprit utopique initié par des auteurs comme St-Simon ou Fourier et enrichit par des écrivains comme William Morris ou André Breton. Cette "nouvelle vague" est portée par une dialectique de l'émancipation, et ses utopies intègrent les critiques de ses adversaires pour poursuivre le mouvement. Seule une pensée de l'utopie qui se fait violence à elle-même a la dureté nécessaire à la transformation de l'existant.". Ces utopies ont pour socle la valorisation du travail, la croyance en un progrès continu dans la perspective d'assurer le bonheur des générations futures. Walter Benjamin s'oppose à cette valorisation inconditionnelle du progrès contre la nature qui porte en elle les germes de la domination de l'Homme sur l'Homme.

Conclusion

L'Utopie peut se définir par une processus émancipateur au sens kantien, généralement par destruction du rapport de servitude. Ainsi, l'Utopie de Thomas More se conforme clairement à cette définition, le nazisme ou le néo-conservatisme, parfois abusivement présentés comme tel, ne sont clairement pas des utopies. Il n'existe pas de société qui n'aspirent pas à une société meilleure.

Autres versions

14/01/2004 @ 23h42

Publication du document. [afficher]



Le matériel disponible sur ce site est diffusé sous les termes d'une licence Creative Commons. Site géré par ePSY