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Jean 'Guffle' Hausser

Winckler à Lyon - 30/01/2004

Martin Winckler, médecin, écrivain (Plumes d'Ange, La Maladie de Saxe), et chroniqueur d'Inter l'an passé a donné une conférence à l'union juive libérale de Lyon ce soir sur le thème "Les Juifs dans l'imagerie populaire américaine - comic-books et séries télévisées.".

Petite salle, une vingtaine de personne dans le sixième, à 20 minutes en roller du campus. A priori, le thème ne me passionne pas, mais connaissant un peu ses autres travaux, je savais que je ne risquais pas grand chose. Il a commencé par lire un passage à propos de son enfance issu d'un de ses livre, qu'il a complété par une anecdote à propos des effets pas forcément négatifs des comic-books. L'opinion négative vis à vis de ce mode d'expression est bien implantée en France, comme aux Etats-Unis qui virent la mise en oeuvre d'une censure des contenus des comics en 1947.

Superman, super-héros le plus connu né en 1938 parallèlement à la montée de l'antisémitisme en Allemagne, est une création de deux auteurs juifs de Brooklin. C'est un immigrant (il vient de Krypton), un orphelin adopté et qui acquiert des super-pouvoirs sur Terre (qu'ils ne possédait pas sur Krypton). On peut risquer un parallèle avec les émigrants juifs d'Allemagne : venez aux Etats Unis, lieu où vos capacités pourront s'exprimer pleinement. Certains y voient aussi une réminiscence du Golem, défenseur du ghetto de Prague et activé par un rabin tous les matins pour la durée de la journée. Lire à ce sujet le roman de Michael Chabon, "The Amazing Adventures of Kavalier and Clay" qui raconte l'enfermement et l'expédition hors de Prague du Golem à l'arrivée des allemands.

Par définition, le super-héros est doté d'un pouvoir transcendant de la condition humaine. Le concept n'est pas neuf : la mythologie grecque l'ancien testament regorgent d'exemples : Hercules, Samson, etc. Souvent, ils s'opposent à l'injustice et à l'oppression. Ce n'est pas un hasard que les super-héros soient issus de la culture américaine. Cette dernière pratique en effet le mélange de genres, chose qu'on se refuse à faire en France où les arts vulgaires ne doivent pas se mélanger avec les arts nobles : on a les comtes populaires et la littérature de l'autre, la chanson populaire et la musique classique, le cinéma et le théâtre, la bande-dessinée et la peinture. A ceci s'ajoute le mélange des genres : drame, comédie, tragédie, science-fiction, policier, fantastique, plusieurs éléments de cette liste peuvent très bien se confondre dans une même oeuvre. Enfin, il faut relever l'importance et la significativité de la dimension culturelle des personnages qui est, dans la culture américaine, source de récit, outil de la narration.

Dans les années 30, la bande-dessinée était considérée comme un sous-genre aux Etats-Unis, ce qui la rendait accessibles à tous, y compris aux juifs. C'est la raison pour laquelle beaucouop de super-héros sont d'inspiration juive. Citons par exemple le Sgt Rock, sorte de pendant à Moise, et en charge de l'Easy company ([easy], diminutif d'Isaie ou d'Israel), qu'on suit sur les champs de bataille principaux de la Seconde Guerre Mondiale. C'est un personnage désabusé et doutant que la guerre ait jamais une fin et dont le seul soucis est de ramener tous les soldats de son unité sains et saufs à la maison.

Il y a aussi le héros de "The Enemy Ace", aviateur allemand de la Première Guerre Mondiale surdoué du combat aérien, qui salue l'adversaire qu'il a abattu et qui après chaque combat se pose la même question : "Pourquoi moi ?", pourquoi ai-je survécu et pas les autres ? On ne peut pas passer sous silence Peter Parker alias Spiderman, création de Stan Ley (également juif) datant de 1963-1965. Le personnage de Peter Parker est un orphelin qui devient sur-homme et qui éprouve une culpabilité vis-à-vis du décès de son oncle qu'il aurait pu empêcher sans le savoir. Cette culpabilité pousse Peter dans l'action : il devient justicier. [On a eu droit ici à une petite pique humoristique dépeignant le catholicisme comme une religion de l'inaction.]
Le besoin de financer ses études le pousse à prendre lui-même des clichés de ses combats qu'il revend à la presse en se faisant passer pour un photographe de presse qui se trouve au bon endroit au bon moment, ce qui vaudra à son supérieur de s'exclamer "Vous êtes partout !", tout comme Spiderman. L'omniprésence renvoie à la fameuse mythologie juive des souris (Maus).

De nombreux téléfilms mettent en scènes des personnages juifs. Dans la série ER ("Urgences"), le personnage du Dr Green était affublé d'un préjugé positif de la part d'un senior afro-américain. Dans "Avocats & Associés", on a Wombo, un vieux juif, avocat et défenseur de tous les accusés, y compris les pires, attitude motivée par le désir de satisfaire le droit de l'accusé d'avoir un avocat pour le défendre.
On a aussi l'exemple d'un homme qui associe sa maîtresse. Le père de la maîtresse, de confession juive, assassine alors le meurtrier de sa fille ce qui lui vaut d'être poursuivi en justice face à laquelle il va invoquer la loi Talmudique pour se défendre. Le téléfilm en question tourne autour de la place de telles lois dans les démocraties laïques : c'est un fait culturel qui est ici le moteur du téléfilm.

Citons encore une fiction où, à la question de ce qu'il souhaite devenir plus tard, un enfant répond : "Je veux devenir juif." Les parents, interloqués, se rendent auprès du professeur de leur enfant qu'ils soupçonnent de prosélytisme juif. Le professeur dément les soupçons des parents et les invitent à demander à leur enfant les raisons qui lui font répondre ainsi. Et l'enfant de répondre : "je veux devenir juif, parce que chez eux, il n'y a pas d'enfer." C'est la vie qui est souffrance (voir le personnage de Job que Dieu ne laisse pas mourir par punition) dans la croyance juive.

La richesse des fictions anglo-saxonnes (séries et comic-books) provient du fait qu'ils véhiculent des valeurs : la justice, la vérité, la loyauté, l'entraide, le partage.


Ensuite, Winckler est revenu sur un épisode de PJ non diffusé. Dans cet épisode, une école juive est incendiée. L'enquête se dirige vers les milieux islamique et l'extrême-droite, et on découvre que le coupable était en fait un proche du directeur qui a agit pour de conflits personnels. Cet épisode n'a pas été diffusé parce qu'il "risquait de réveiller des passions" ce qui est dommage pour l'idée véhiculée : pourquoi allons-nous systématiquement chercher des crimes antisémites ? Sommes-nous trop "cons" pour qu'on nous montre des fictions qui ont une certaine substance [ça me fait penser à l'univers de Fahrenheit 451 où toutes les idées sont aseptisées] ?

Il a aussi discuté le cas d'un téléfilm sur la vie d'Hitler amputé d'une demi heure par TF1 de façon malheureuse car les passages altèrent le message du téléfilm. Voir l'article publié sur son site personnel pour les détails.

Pour conclure, il a présenté deux caractéristiques majeures des oeuvres de fiction américaines, à savoir le soucis de l'authenticité dans les émotions, et le soucis de la qualité motivé par la compétiton féroce qui a lieu entre les différents networks, et par le fait qu'aucun ne jouit d'une position semblable à celle de TF1 qui peut se permettre de faire le minimum d'effort sur la qualité de ce qui est diffusé tout en conservant sa position dominante en terme de parts de marché. Voir l'ouvrage de Laurent Fonnet, directeur-ajoint en charge de la programmation de TF1 baptisé La programmation d'une chaîne de télévision (200 pages, éditions Dixit) et écrit en collaboration avec le DESS Communication audiovisuelle de Paris I la Sorbonne.


Avant que la conférence ne commence, j'ai pu attraper des mots échangés par lui et le directeur des Humanités qui semblent indiquer qu'il pourrait faire une conférences à l'INSA prochainement, peut-être sur l'intérêt que peuvent avoir des ingénieurs à lire des romans.

Winckler semble avoir quelques thèmes fétiches : le changement des mentalités d'un certain nombre d'acteurs de notre système de santé (médecins sélectionnés par leur appat du gain et leur goût de la compétition), le communautarisme, la narration, ... Même j'ai parfois trouvé ses parallèles avec la pensée juive abusifs, j'aurais bien plaisir à l'écouter si il venait à l'INSA. J'ai bien aimé le fait d'être avec des gens d'une religion que je connais mal, le dépaysement qu'on peut avoir à être perdu par un récit de cérémonie, de ne pas rire là où tout le monde rit parce qu'on a pas la référence culturelle, de pouvoir entendre des blagues et de la dérision sur sa religion natale et de pouvoir être le témoin invisible de communautarisme, sans que les autres ne sachent qu'on est pas des leurs. Je pourrais peut-être y retourner pour leur poser des questions sur leur foi : dans les mécanismes de la croyance, j'aimerais avoir quelques pistes sur la croyance juive.

Commentaires

, le 17/06/2005 @ 15h49

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