Houellebecq : pourquoi tant de haine ? - 11/03/2005
On songe aux travaux d'Alain Ehrenberg, pour qui la dépression est "la pathologie d'une société où la norme n'est plus fondée sur la culpabilité et la discipline mais sur la responsabilité et l'initiative." Autrement dit, pour résumer ce basculement historique, la "fatigue d'être soi" remplace "l'angoisse névrotique" : si, comme le pensait Freud, l'homme devient névrosé parce qu'il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société, il devient déprimé parce qu'il doit supporter l'illusion que tout lui est possible. Cette pathologie de l'individu moderne nous rappellerait à l'inverse que tout n'est pas possible : c'est pourquoi "la dépression est le garde-fou de l'homme sans guide, et pas seulement sa misère". Nous sommes ici au plus près de Houellebecq : chez l'écrivain, le "domaine de la lutte" s'oppose au "domaine de la règle", comme chez le sociologue les règles sociales à l'initiative individuelle.